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L'effet de gang

Mon souvenir est encore si clair. Je devais avoir 6 ou 7 ans. On jouait dans la cour d’école, “ma gang” pis moi. On avait du plaisir ; on se lançait la balle, jouait à la marelle et à la corde à danser. Pis tout d’un coup, la leader de la gang a décidé qu’elle en avait assez de nos jeux. “Suivez-moi” qu’elle a crié !


Elle s’est mise à courir dans un sens, pis dans l’autre. Se rouler par terre, se relever en faisant des bonds. Faire une danse contemporaine de quelques secondes, y ajouter une course à relais imaginaire et j’en passe. Moi j’ai arrêté d’un coup sec. J’ai pas compris du tout la pertinence de la suivre dans son festival de sports éclectiques. On avait du fun messemble ? J’me retourne ; eh merde, tous les ami(e)s l’avaient suivi. Ils se sont mis à courir dans le même sens, se rouler sur le même gazon. La suivre, pas à pas dans son délire. Il n’était pas question que personne ne retourne à son jeu en plus. Le jeu, c’était de faire comme elle.


Coucou!

J’ai compris à ce moment-là que je n’étais clairement pas faite pour faire partie d’une “gang”. Je trouvais absurde de tous devoir suivre une seule personne dans son power trip (power trip de primaire là, on s’entend). C’est très probablement dû au fait que je sois enfant unique. Chez moi, c’était plutôt la débrouillardise, l’autonomie et l’indépendance qui m’étaient véhiculées. Du haut de mes 7 ans, j’en avais au moins 12 dans ma tête. Je sentais que je pouvais tout faire seule et que je n’avais pas besoin de personne. Cet instinct m’a donc suivi.


Une fois dans le monde adulte, j’ai commencé à me rendre compte que je ne me rendais peut-être pas tellement service en agissant ainsi. Ne pas faire partie d’un noyau, vient aussi avec un peu de solitude. Les enfants, ados, jeunes adultes, on le sait, ils sont méchants. C’est beaucoup plus facile de parler dans le dos de celle qui gravite un peu autour des copines, mais qui garde toujours ses distances.


Ma première équipe en 2016!

J’étais arrivé à un point d’isolation. Je devais très certainement avoir l’air un peu sauvage. Je me surprotégeais des gangs. J’en avais si peur. Je ne comprenais pas qu’au final, je manquais sûrement quelque chose. Parce qu’une gang, c’est aussi des allié(e)s. Des ami(e)s qui vont prendre ta défense lorsqu’une situation plate arrive. Ça m’a pris beaucoup de temps à comprendre. À travailler fort pour être capable d’aller vers les gens. Plus on vieillit, plus il est difficile d’avoir de nouvelles amies en plus. Tu te ramasses à 30 ans, en peine d’amour, et pas mal seule, car toutes tes vieilles bonnes amies sont en train d’enfanter ou de se marier. Faque si tu te forces pas un peu à affronter tes craintes, tu resteras seule à affronter les merdes que la vie t’impose.


C’est pas mal dans ce contexte-là que Les Princes sont arrivées dans ma vie. J’avais si peur en m’inscrivant. Ehh boboy, une gang de 80 filles. Mais qu’est-ce qui m’avait donc passé par la tête ?! J’ai décidé que j’en avais assez de m’isoler ainsi des gens. Il était temps que la Nao sauvage prenne le bord. J’ai donc plongé la tête première et me suis forcée à parler à quelques filles que je ne connaissais pas du tout. La vie est bien faite, une de ces filles-là est d’ailleurs devenue une très grande amie et une alliée hors pair à la balle. J’me suis ben vite rendu compte que ça faisait du bien se sentir entourée d’une belle gang comme ça. Se sentir aimé surtout, de plein de monde en même temps. De pouvoir partager ses bons et mauvais coups. De ne (presque) jamais se sentir jugé. (On va être honnête quand même ;)).



Je resterais sûrement toujours un peu indépendante, mais cette rencontre sportive aura définitivement chassé mes vieux démons d’enfance. Il n’est jamais trop tard pour se remettre en question. Reconnaître que ce qui nous arrive dans la vie est peut-être un peu de notre faute. C’est bon d’être capable de se le dire et de décider que pour la suite, on a envie d’être bien entourée.


Pad Thai (Numéro 85)


Naouli M-Barrette / Prince de l’équipe des bleus


Naouli est une jeune trentenaire qui travaille en design d’intérieur. À la fois aimante et impatiente, elle se plaît à assumer ses contradictions et en tirer des leçons positives. Son *veuf est son plus grand fan, toujours présent pour l’encourager et la convaincre peu à peu qu’elle est une pas pire joueuse de balle. Elle aime le bon vin, les tapas (ou tout se qui se mange en petit format) et jouer à la matante avec les rejetons de ses amies. Rien ne la rend plus heureuse que de jouer quelques classiques au ukulele devant un gros feu de camp en bonne compagnie.


*L’appellation veuf/veuve dans les Princes est une coquine inside, qui désigne en fait les copains/copines des joueuses ;)



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