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Face à face

Mis à jour : 27 avr. 2019

La vérité, c’est que la journée avant de partir j’ai attrapé la plus grosse infection urinaire de ma vie, pis que mes bagages n’étaient pas encore terminés. J’ai de la misère à faire mes bagages pour aller à Cuba, disons que je ne savais pas trop comment gérer l’Inde. Pantalons mou, bobettes en masse, brassière de sport, petite robe pour sortir. Vous auriez dû voir la face des filles lorsque je leur ai dit que je n’avais finalement pas apporté de sous-vêtements. Vivons librement ! J’avais prévu de la crème solaire en quantité industrielle, mais avec la poussière qu’il y a dans l’air en Inde, un coup de soleil c’est bien la seule chose que je ne risquais pas d’attraper. Au moins moi, j’avais pris mes médicaments comme il faut, contrairement à ma partenaire de chambre AKA la seule fille du voyage qui n’avait pas pris le Dukoral contre la diarrhée. J’espère que la ventilation fonctionne!



J’ai passé plus de temps à essayer de réaliser que j’étais une des filles qui partait en mission qu’à lire sur le pays. J’ai écouté quelques documentaires sur la situation en Inde, mais pour être honnête, y’a rien dans ces documentaires d’aussi déstabilisant que de marcher dans les rues de Calcutta en pleine nuit. Les images pas claires de centaine de personnes qui dorment par terre, l’odeur d’ammoniac, l’étrange impression d’être soudainement dans un mauvais rêve. En même temps, quelqu’un qui débarque chez moi un lendemain de party aurait probablement la même impression.


Mon dilemme du premier matin, qu’est-ce que j’allais me faire comme coiffure pour être un peu « cute » devant les caméras ? Oui parce que ça allait être immortalisé tous ces moments où je sue ma vie agenouillée devant des mendiants ou ceux où j’utilise mes talents de mime pour essayer de communiquer avec les gens. Ça m’aura pris 3 jours avant de comprendre qu’en Inde, lorsque quelqu’un hoche la tête ce n’est pas parce qu’il a de l’eau dans les oreilles, c’est parce qu’il veut te dire oui ou non. Je vous confirme que j’ai probablement fait manger des barres Cliff à plusieurs personnes sans leur consentement. Moi qui croyais qu’ils n’étaient juste pas forts sur la saveur beurre d’arachides.



J’ai fini par me ramasser face à face avec moi-même. On dirait que mon cœur et mes yeux étaient soudainement ouverts à la vie, j’étais exactement là où je devais être. Pour une fois j’ÉTAIS sans DEVOIR être, je sais que ça sonne comme de la psycho pop, mais pour vrai, c’est ça. Je n’avais plus besoin d’être ultra performante ou d’être la meilleure, j’avais juste besoin d’être moi. Là-bas, ils s’en foutent des médailles sportives que j’ai gagné ou du nombre de vedettes que j’ai rencontrées. Là-bas, ils avaient besoin de moi à ma plus simple expression, juste mon dévouement et ma bienveillance. J’ai été sévère avec moi-même dans les premiers jours, mais plus le voyage avançait, plus je me sentais en sécurité dans notre groupe et moins mon armure prenait de place. C’est quand même libérateur de ne plus vivre dans le regard de l’autre pour un petit moment.


Je pourrais vous parler de l’Inde et vous dire que c’est le pays le plus déboussolant que tu peux visiter, que j’ai dû développer des techniques de ninja pour pas me faire frapper par des troupeaux de brebis dans la rue ou que la chose qui m’a le plus impressionnée c’est les combinaisons possibles sur les scooters en passant de 2 personnes, à 3 personnes avec animal, à une personne avec une échelle de construction. Je pourrais vous dire que je ne sais bien pas d’où vient l’expression « en file indienne » parce qu’il y a tout sauf des gens en file indienne là-bas. Là-bas, lorsque tu marches sur le trottoir, tu ne sais jamais si tu marches dans un dépotoir, sur un lieu de prière ou dans la salle à manger de quelqu’un. 75% des gens habitent directement sur les trottoirs, dans ta face Hochelaga.



Revenir à Montréal en novembre c’est complètement déprimant, j’ai eu l’impression qu’une épidémie s’était abattue sur la ville pendant notre départ. On m’avait dit d’attendre 1 mois avant de prendre une décision, mais je n’écoute jamais personne. 24 h plus tard, j’avais ouvert un compte en banque pour y déposer mon gros 5,99$ d’économie dans le but d’adopter, j’ai fait le calcul et au rythme où j’économise, je vais pouvoir adopter un enfant d’ici 10 ou 12 ans. La patience est une vertu qu’on dit ! La moitié de ma garde-robe était dans un gros tas sur mon lit prêt à être donné à une œuvre de charité, j’espère qu’ils aiment H&M. Par-dessus ça, aucune idée pourquoi, mais j’ai décidé que je n’avais plus besoin de mon divan et je l’ai impulsivement donné à mon frère. Plus tard, j’ai réalisé que j’avais mal aux genoux parce que j’écoutais la télé, assise en indien sur mon tapis depuis 3 semaines. Je pense que cette expérience fût pour moi l’apprentissage d’un processus, celui d’essayer de faire le vide matériel en comblant d’amour les vies qui nous entourent. Je suis ici maintenant, mais parfois encore face à face avec moi-même dans la poussière de Calcutta.


The river (Numéro 30)


Isabelle Larivière / Prince de Calcutta


Isabelle est fille unique d’une famille de 7 enfants, être un mot au scrabble ça serait : Passionnée. Bossant dans le milieu des communications elle se démarque par sa polyvalence, sa détermination et sa créativité. On peut la croiser dans un studio de télévision, dans une soirée d’humour ou d’impro à faire des blagues, en jogging sur une piste de course, sur un terrain de balle molle ou dans n’importe quel restaurant s’émerveillant devant la carte des vins.



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